Une étudiante

Je ne me rappelle plus du sujet de conversation que nous avions Fanny et moi. Elle était assise sur une chaise dans le couloir du sous-sol face à la porte fermée de la salle de réunion juste pour être là à voir l’expression de celle qui allait bientôt en sortir.
Cette attente avait une allure de formalité. À l’intérieur quatre personnes pour juger le travail de Charlotte.
La porte s’entrouvrit brutalement. Aurait-elle voulu ne pas apparaître dans ce couloir où nous l’attendions tous? Les deux mains cachant ses sanglots, Charlotte s’était transformée en fontaine mobile et fuyante. Elle alla se blottir entre un escalier et un placard se noyant dans ses pleurs et ne cessant de dire entre ses spasmes:
- J’espère ... que... Thomas... sera... reçu...
Ah la communication ! Je ne la comprends qu’à travers la poésie. Sans doute y a-t-il de l’amour dans la poésie.
J’ai pensé à ce petit coin, à ce refuge lugubre et gris en me disant que jamais avant je n’avais songé qu’un jour je m’y attarderais pour voir et consoler une jeune étudiante recroquevillée en train de vivre sa chute tout en donnant ce qu'on ne devrait pas oublier, ce que l’expérience du temps estompe, camoufle: de l’amour avec un a minuscule comme l’infini.
Je l’ai écouté répéter cette phrase comme un chant primitif. J’ai eu envie de pleurer non pas son échec mais la leçon qu’elle donnait.
Là dans ce coin réservé aux poubelles je me suis senti enveloppé d’une profonde solitude et soutenu par la détresse de Charlotte.

©1996 Felipe Martinez