Départ

J’accompagnais un couple d’amis et leurs deux enfants à l’aéroport pour un retour définitif chez eux en Corée du Sud.
Deux énormes valises posées sur un chariot à roulettes. Nous attendions l’ouverture du guichet de la compagnie coréenne pour l’enregistrement des bagages.
Je m’évadais en regardant le mouvement des voyageurs autour de moi, bercé par la voix des hôtesses annonçant les destinations, les embarquements. J’eus envie de dormir là, debout, soutenu par le chariot. Dormir sans fermer les yeux, voir toujours au delà de l’épuisement.
La vie immobile que je menais m’épuisait. Et cet épuisement me donnait envie d’une immobilité encore plus grande, plus excessive, plus réelle, plus éternelle. Jusqu’à voir dans une profonde observation aveugle tous les départs de nulle part pour partout ailleurs.

©1995 Felipe Martinez