L'Océan 1

Aller voir la mer, l'océan, juste pour voir le bout, le rien, l'infini au-delà de l'horizon et se sentir minuscule face à l'immensité mais aussi grandi de se savoir un grain de sable.
Sentiment commun éprouvé lors d'une promenade solitaire sur une plage vidée de ses vacanciers en automne par exemple.

Je faisais partie de la foule rassemblée de chaque côté du tapis rouge déroulé dans la cour du château pour voir l'océan à Blois !
Ma curiosité était guidée par un besoin d'infini. Besoin de n'être qu'un grain de sable, un concentré de moi-même, un trou noir sans le vide dont je ne savais que faire au fond de moi.
Madame le préfet s'était assise à côté du maire en retrait de l'Océan de sagesse encadré de deux interprètes. Les paroles de la femme en uniforme sont partis de ma mémoire. A-t-elle même parlé ? Je garde le souvenir se ses genoux serrés et rouges sous des bas noirs ou bleus foncés, de son nez long, pointu, couleur genoux. Elle se gratta le front après avoir enlevé un gant afin de ne pas le salir de son fond de teint.
Étions-nous une abstraction sous son regard ? Absents et lourds à la fois ? Était-elle le miroir de nous-mêmes ?
Comme une jeune fille éclatante de beauté, elle était là pour n'être que regardée.
Le sage, lui, nous donnait du volume par ses mots, ses sourires, ses regards, ses éclats de rire. Je devins léger comme un ballon prêt à éclater. Mon propre vide semblait séparé de celui des autres par une enveloppe élastique sans résistance, une bulle de savon.
Impression de mort et de bonheur mélangé, se noyer dans le vide, s'abandonner en étant soutenu par une voix. Être devenu soi-même le souffle, l'air dans lequel on évolue.

Je me suis consumé jusqu'à l'évaporation.
L'hiver est revenu et je me sens friable comme un glaçon.

©1991 Felipe Martinez