À Ulaanbaatar 2010

Portraits
Bolbaatar
Sans doute allons-nous passer nos vies à parler avec les autres sans jamais savoir si nous-mêmes aurions pu être de « vrais » amis. Lorsqu’il nous arrive de nous retrouver, souvent par hasard malgré toutes les distances qui nous séparent, c’est toujours avec surprise. Et quand vient ce moment de fatigue devant l’impossible dialogue il me regarde en hochant la tête, en souriant, en me faisant un clin d’œil, en me prenant par l’épaule et en me disant les deux seuls mots qu’il a retenu dans ma langue : « Mon ami ».

Gerelma
Dans sa famille d’accueil près de Blois où elle allait être jeune fille au pair elle commença par se promener autour du village. Elle parcourait la campagne comme elle l’aurait fait dans son pays. Les propriétés privés n’étaient pas des territoires interdits dans l’organisation de ses errances.
Une amie habitant le même village me téléphona peu de temps après son arrivée. « - Devine ce que j’ai trouvé dans le jardin ? ». Gerelma se promenait là où la curiosité l’emmenait. Surprise de voir les pommiers les poiriers aussi généreux, elle pensait que ces fruits si gros et si beaux étaient décoratifs et faux et ne comprenait pas pourquoi il y en avait tant par terre.

Myadagma
La première fois que je l’entendis traduire une conversation de sa langue vers la mienne, c’était à l’occasion d’une rencontre d’artistes mongoles et français. Dans mes observations je devinais qu’elle faisait plus souvent confiance à son imagination qu’à tout ce qu’elle avait appris à l’université et ni les uns ni les autres ne pouvions savoir si elle traduisait correctement, jusqu’au moment où je lui demandais si elle avait bien compris le discours d’un directeur de musée qu’elle venait de traduire. Elle me répondit non en souriant. Je crois avoir souris avec elle et je crois même lui avoir parlé poésie.
Parfois je lui demandais dans quelle quartier d’Ulaanbaatar elle avait grandit, où vivait-elle dans cette ville que je ne connaissais pas ? Elle me répondait toujours par des gestes très imprécis : c’est par là ! Cela ne me donnait rien de plus que je ne connaissais déjà, elle était mongole et vivait à Ulaanbaatar depuis sa naissance.

Tuya
Lorsqu’elle accompagna son fils Mugy dans une école d’Ulaanbaatar début septembre, elle y resta quelques jours. À cette occasion elle me raconta sa mémoire de la ville à travers une multitude d’anecdotes qui l’avaient fait beaucoup rire.
Loin de sa métropole elle vit avec son fils et son mari. Isolée sans être ermite, elle serait plutôt une sorte de réfugiée des agglomérations.
Ai-je pensé après notre entretien que je venais de rencontrer l’être le plus lumineux ?
Elle connu la ville à l’âge de seize ans et la première fois qu’elle vit un autobus elle regarda les gens s’y engouffrer et pensa qu’il devait y avoir quelques personnalités importantes à l’intérieur pour que l’on y entre avec autant de précipitation. Elle suivit la foule et fut surprise de ne reconnaître personne et surprise une seconde fois de devoir payer sa place alors qu’il n’y avait rien ni personne à voir !
Loin de la ville, autour de leur yourte deux capteurs solaires pour faire l’électricité nécessaire à la télévision. Les images qu’offre cet écran plat ne sont pas mis en concurrence avec la réalité.
La réalité de la cité elle avait tenté de l’inventer tout en l’observant pour créer la distance nécessaire afin de préférer le silence de la steppe.

Gerelma  

Doya  

Tuya  

Bolbaatar  

 

 

Myadagma et sa famille